

En entrant dans le pavillon de l’Euro Village, les visiteurs comprenaient rapidement qu’ils n’étaient pas face à une espace classique. Le sol était une immense toile, une tapisserie picturale où se mêlaient calligraphies, références historiques et représentations de masques. Chacun avançait à son rythme, observant un détail, revenant sur ses pas, découvrant au fil de la déambulation de nouvelles formes et de nouveaux récits. Plus qu’une œuvre à regarder, c’était une œuvre à parcourir, une expérience qui invitait à prendre le temps de lire les images autant que de les ressentir.
Cette immersion se prolongeait avec un photo call artistique, pensé non pas comme un simple décor, mais comme une œuvre participative où les visiteurs devenaient eux-mêmes partie du tableau. À l’entrée, la façade « Be Tchakala » by Up High Lab donnait le ton. Inspirée du projet éponyme mené à Douala, elle faisait office de porte d’entrée symbolique vers un univers où l’art investit les espaces du quotidien et transforme la manière de les habiter. Dès les premiers pas, le pavillon annonçait sa promesse : faire vivre la création plutôt que la montrer.

Le parcours ne s’est pas arrêté aux frontières du pavillon. À l’extérieur, sous l’arbre qui marque ce coin de PROMOTE d’une présence tranquille, installations, performances et exposition ont prolongé l’expérience dans l’espace public, là où la culture rencontre ceux qui ne la cherchaient pas nécessairement. Cette extension est une intervention du collectif Exposition Sous l’Arbre, qui fait sortir la création de ses cadres habituels pour qu’elle dialogue avec le quotidien, avec la ville, avec les gens. La proposition s’est également enrichie d’une collaboration avec Afrikly E. Gallery de Maroua.
Derrière la cohérence de l’ensemble, une direction curatoriale assurée par Abomba Louise, qui a su articuler les différentes propositions artistiques en un parcours lisible, sensible et habité. Les artistes mobilisés pour cette journée dont Christo Beks, Kingkor, Penda Haziz, Ndongo Justin ou encore Charly Keutch, ont chacun apporté leur langage, leur univers, leur façon d’occuper l’espace. Ensemble, ils ont fait de ce pavillon quelque chose qui n’existait pas avant leur passage.


Au-delà des œuvres et des performances, la Journée des Industries Culturelles et Créatives a été un espace de réflexion sur les défis et les perspectives du secteur. Tout au long de la journée, décideurs publics, entrepreneurs culturels, artistes et partenaires internationaux ont partagé leurs expériences autour des conditions nécessaires au développement durable des ICC au Cameroun.
L’un des temps forts a été le panel « Les Industries Culturelles et Créatives comme moteur du développement économique », réunissant entre autres Salatiel, artiste, entrepreneur et fondateur d’Alpha Better Records ; Aristide Mabatto, entrepreneur culturel ; Thekla Ambara, experte des politiques culturelles ; Dj Sandra, artiste ; Edith Mipo, experte en patrimoine ; Alice Biada, médiatrice culturelle ; Divine Verkijika, acteur de l’économie créative ; Donatus Fai, représentant du Ministère des Arts et de la Culture. Ensemble, ils ont interrogé les modèles économiques des ICC, leur contribution à la création d’emplois, ainsi que les politiques publiques nécessaires à leur structuration.
La journée a également accueilli la restitution de l’étude « Introduction au schéma de développement de l’industrie musicale camerounaise », présentée par Hans Sanama, chargé des partenariats et financements au Up High Lab. Cette présentation a permis de dresser un état des lieux de la filière musicale et d’ouvrir des pistes de réflexion sur son organisation, son financement et son développement à long terme. Dans cette même dynamique, Hans Sanama a présenté le programme les Chantiers Musicaux du Cameroun, une initiative pensée pour accompagner la structuration des acteurs de la musique et favoriser l’émergence d’un écosystème professionnel plus solide.
La question du financement des ICC a ensuite été abordée lors d’un atelier animé par Chantal Edie (commissaire d’exposition et co-fondatrice de The Forest Creative Loft), consacré à la mobilisation des financements pour les projets culturels. À travers des exemples concrets et des retours d’expérience, cette session a donné aux porteurs de projets des outils pour mieux construire leurs stratégies de financement et renforcer l’attractivité de leurs initiatives auprès des partenaires.
Thomas Weill est intervenu pour partager une lecture internationale des Industries Culturelles et Créatives, en mettant en lumière leur rôle dans les stratégies de coopération, d’innovation et de développement économique. Son intervention a rappelé que les ICC en Afrique constituent aujourd’hui un secteur stratégique capable de générer de la valeur, de renforcer les territoires et de créer des passerelles entre culture, entrepreneuriat et politiques publiques.
Ces différentes interventions ont fait de la Journée des ICC un véritable laboratoire d’idées, où les œuvres dialoguaient avec les politiques publiques, les expériences de terrain et les ambitions d’un secteur en pleine transformation.
La Journée des ICC à PROMOTE 2026 n’a pas été seulement un moment d’exposition. Elle a été une démonstration. Celle que les Industries Culturelles et Créatives ne sont pas un secteur parmi d’autres, elles sont une façon de penser, de transformer, d’habiter un espace et d’y faire naître du sens. Pour le Up High Lab, participer à cette journée aux côtés de l’Union Européenne au Cameroun et d’autres acteurs institutionnels de la Cameroon–EU Business Week, c’est aussi affirmer que la culture est un interlocuteur légitime à la table du développement économique. Pas un ornement. Pas un à-côté. Une force.
